Récit et air d'Azaël: "Ces airs joyeux, ces chants de fête"
Debussy, Claude
Ces airs joyeux, ces chants de fête,
Que le vent du matin m'apporte par instants,
Serrent mon cœur, troublent ma tête....
Ils sont heureux!...
Ici, sous les rameux flottants,
Je les suivais dans leur gaieté si tendre:
Ils échangeaient des mots pleins de douceur...
C'était mon frère!.... Et puis ma sœur!...
Je retenais mon souffle a fin de les entendre...
Ils sont heureux!...
O temps à jamais effacé,
Où comme eux j'avais l'âme pure,
Où cette sereine nature
Fortifiait mon corps lassé;
Où près d'une mère, ravie
De presser mon front sur son cœur,
Je ne connaissais de la vie
Que l'innocence et le bonheur!
Ah! par quelle amère folie
Mon âme, surprise, assaillie,
M'attelle donc contraint à fuir ces lieux?..
Durant la nuit entière,
Sur le roc ou dans la poussière,
J'ai franchi lentement les sentiers périlleux...
O temps à jamais effacé
Où comme eux j'avais l'âme pure,
Où près d'une mère, ravie
De presser mon front sur son cœur,
Je ne connaissais de la vie
Que l'innocence et le bonheur!
Je te revois, charmant asile,
Où pour moi tout est souvenir!
Voici le banc de terre et la rive tranquille,
Où ma mère avec moi, jadis aimait venir.
Mais je m'assieds sans force et sans courage,
Les pieds sanglants: des pleurs inondent mon visage.
Ici je vais mourir en revoyant le port,
Et je n'entrerai pas dans cet humble village...
Seigneur! Seigneur! J'ai mérité mon sort.