Le déclin

E. Bloch

Dans le verger paisible,

bordé là-bas de peupliers aux frissonnantes feuilles d'or,

dans le verger bleuté et roux,

la femme qui sera vieille demain

promène sa mélancolie.

Une tunique fauve voile son corps divin,

atteint du mal d'automne,

et sa chevelure, à reflets de cuivre,

effleure son beau visage fané

et rutile sur ses épaules.

Elle tient des chrysanthèmes

dans ses mains sensitives encore épargnées,

et de leurs tiges rudes

elle tourmente sa gorge et son cou

tandis que ses regards assombris

suivent les pétales teintés de feu qui s'effrangent sur sa robe

et s'éparpillent dans l'air tiède.

Les souffles errants se jouent sur ses lèvres qui se souviennent,

et elle s'arrête pleine d'angoisse parfois,

car elle aperçue dans l'odeur acide

des fruits oubliés qui pourrissent sur l'herbe,

comme un relent de mort.

Les feuilles s'effritent sous ses pas,

les rameaux s'entrechoquent au vent du soir,

et la femme pleure sa beauté qui s'en va.