Nocturne

E. Chausson

La nuit était tranquille et ténébreuse; à peine,

Quelques étoiles d'or illuminaient l'ébène

De ses grands cheveux déroulés,

[Qui sur mon cher amour, douce face éblouie,

Et tout comme une fleur du soir épanouie],

Secouaient des parfums ailés.

Nous marchions tous les deux dans une extase telle

Que les anges trônant dans leur gloire immortelle

N'en savant pas la volupté,

Et que le bruit divin de leurs luths est, je pense,

Moins doux qu'un amoureux et qu'un profond silence

Par une sombre nuit d'été.

Et notre jeune amour, naissant de nos pensées,

S'éveillait sur le lit de cent roses glacées

Qui n'avaient respiré qu'un jour;

Et moi, je lui disais, pâle et tremblant de fièvre,

Qu'on nous verrait mourir le sourire à la lèvre,

En même temps que notre amour.