Printemps triste

E. Chausson

Nos sentiers aimés s'en vont refleurir

Et mon cœur brisé ne peut pas renaître.

Aussi chaque soir me voit accourir

Et longuement pleurer sous ta fenêtre.

Ta fenêtre vide où ne brille plus

Ta tête charmante ett ton doux sourire;

Et comme je pense à nos jours perdus,

Je me lamente, et je ne sais que dire.

Et toujours les fleurs, et toujours le ciel,

Et l'âme des bois dans leur ombre épaisse

Murmurant en choeur un chant éternel

Qui se répond dans l'air chargé d'ivresse!

Et la mer qui roule au soleil levant,

Emportant bien loin toutes mes pensées...

Qu'elles aillent donc sur l'aile du vent

Jusques à toi, ces colombes blessées!