Peppa

E. Lassen

J'aime Peppa, mon Espagnole,

Mon Espagnole à l'œil plus clair

Que le bronze de l'espingole,

Oh! ma Peppa, dont le pied vole

Jetant des paillettes en l'air;

Ange entouré d'une auréole

Qui consume comme l'éclair.

Mon amoureuse de Valence

Cache son front sous un réseau;

Son col ploie avec indolence;

Au moindre accord elle s'élance,

Chante et bondit: -- c'est un oiseau;

Et son corps dans l'air se balance

Comme sur la vague un vaisseau.

A la fête qui la réclame,

Elle court d'un air triomphant.

Toute modeste dans son âme,

Elle a les façons d'une dame.

Elle aime ce qu'on lui défend,

Et joint à ses grâces de femme

Des caprices... comme un enfant.

Elle a des rêves sur sa couche

Purs comme un lis en sa couleur,

Une innocence qu'effarouche

Le chaste regard qui la touche,

Un sourire dans sa douleur,

Et des paroles sur sa bouche,

Qu'on respire comme une fleur.

Peut-elle craindre qu'on lui mente?

Aucune amour ne la trompa!

Mais moi... d'hier je me tourmente,

Hier je la vis si charmante,

Qu'un soupçon au cœur me frappa:

Un poignard reluit sous la mante

De ton jeune époux... ma Peppa.