La Danse

E. Smyth

Tu danses. Ce beau soir est triste autour de toi.

Les cyprès et les pins, seuls, sont verts dans le bois

Qui mêle aux bouleaux l'orme et les hêtres au frêne

Leurs feuillages déjà par l'automne deviennent

Rouges d'un peu de poupre et fauves d'un peu d'or.

Tu danses. On dirait, à te voir, voir encor

L'été voluptueux étirer sa paresse

Onduleuse, quand, les yeux mi-clos, tu te dresses

Comme si tu voulais de tes deux bras levés

Arrêter au passage un songe inachevé

Vers lequel, tour à tour, tu te tournes, cherchant

Sa bouche amère ou douce en fuite dans le vent.

Tu danses; et toujours, silencieuse et vive.

Tu poursuis à jamais ce qui toujours s'esquive.

C'est l'automne déjà et les cyprès sont verts;

Et, sous un pin, assis, à tes rythmes divers

Ma flûte obéissante et fidèle longtemps

Hésite. Tu es lasse et ta danse m'attend

Incertaine, tandis qu'à tes pieds tourne encor

Un vol faible et léger de molles feuilles d'or.