L'automne

G. Boeuf

Si tost que tu sens arriver

La froide saison de l'hyver,

En Septembre, chere Arondelle,

Tu t'envoles bien loin de nous,

Puis tu reviens quand le temps dous

Au mois d'Avril se renouvelle.

Mais Amour en nulle saison

Ne s'en-vole de ma maison,

Et tousjours chez moy je le trouve:

Il est tousjours de moy veinqueur,

Et fait son nic dedans mon cœur,

Et y pond ses œufs et les couve.

L'un a des ailerons au flanc,

L'autre de duvet est tout blanc,

Et l'autre dans le nic s'essore:

L'un de la coque à demy sort,

Et l'autre en a rompu le bort,

Et l'autre est dedans l'œuf encore.

J'entens, soit de jour soit de nuit,

De ce petits Amours le bruit,

Béans pour avoir la bechée,

Qui sont nourris par les plus grans,

Et grands devenus, tous les ans

Font une nouvelle nichée.

Quel remede auroy-je, Brinon,

Encontre tant d'Amours, sinon

(Puis que d'eux je me desespere)

Pour soudain guarir ma langueur,

D'une dague m'ouvrant le cœur,

Tuer les petits et la mere?