L'hiver

G. Boeuf

Quand je dors je ne sens rien,

Je ne sens ne mal ne bien,

Plus je ne me puis cognoitre,

Je ne sçay ce que je suis,

Ce que je fus, et ne puis

Sçavoir ce que je dois estre:

J'ay perdu le souvenir

Du passé, de l'advenir,

Je ne suis que vaine masse

De bronz' en homme gravé,

Ou quelque term' elevé

Pour parad' en une place.

Toutesfois je suis vivant,

Repoussant mes flancs de vent,

Et si perds toute memoire:

Voyés donc que je seray

Quand mort je reposeray

Au fond de la tombe noire!

L'ame volant d'un plain saut

A Dieu s'en ira là haut

Avecque luy se resoudre:

Mais ce mien corps enterré,

Sillé d'un somme ferré,

Ne sera plus rien que poudre.