Le gueux

G. de Seynes

Bonnes gens, à ma triste mine,

Qui semble vous crier famine,

Pourquoi fuir votre seuil?

Si j'entrais en votre chaumine,

Moi, le gueux qui toujours chemine,

J'aurais le cœur en deuil.

J'erre de village en village,

Sous le soleil ou sous l'ombrage,

Et la nuit ou le jour.

L'oiseau jaseur dans le feuillage

M'apprend quelque refrain volage

Que je chante à mon tour.

Je suis un joyeux sans famille,

Qui, par les sentiers, eparpille

Ses frivoles chansons;

Et je ne vole et je ne pille

Que baisers à la belle fille,

A l'ombre des buissons.

Ma route est déserte. Qu'importe!

Je chemine avec pour escorte

L'étoile ou le soleil.

Bonnes gens, fermez votre porte,

Je vais où le destin m'emporte:

Vers l'eternel sommeil!