La bourse d'or

G. Hüe

Derrière le treillage de ta croisée

A rosace d'Orient,

Je t'ai vue occupée à broder une étoffe

De soie et de velours,

Mais tu es partie en riant

Quand j'ai voulu, comme Hafiz,

te dire en lentes strophes

Combien mon âme était martyrisée

D'amour.

Derrière le treillage de ta croisée,

Petite chérie,

Je t'ai vue occupée à broder une étoffe,

Et tu as un instant levé de ta broderie

Tes yeux longs et veloutés,

Quand je t'ai dit comme Hafiz, en savantes strophes,

Combien mon âme était grisée

De ta beauté.

Mais quand du dehors

Je suis entré tout à coup,

Et que j'ai mis ma bourse d'or

Dans ta main frêle,

Tu n'as pas attendu mes paroles d'amour

Pour quitter ta broderie de velours,

Et tu as vite jeté tes bras fins à mon cou

Pour me donner la rose peinte de tes lèvres.