Ma raison voulait que mon cœur l'oublie
G. Hüe
Ma raison voulait que mon cœur l'oublie,
Mais mon cœur, hélas! ne s'est pas soumis,
Et je dois souffrir la lente folie
D'un amour fatal que rien n'a permis.
Même à mon serment je suis infidèle
En venant revoir cet endroit désert,
Où son âme plane, où tout parle d'elle
Avec les sanglots que pleure l'hiver.
Et devant le roc ou plutôt la tombe,
Où son amour dort éternellement,
L'âme recueillie, à genoux je tombe
Et cherche à mon mal un apaisement.
Non! non! que rien n'apaise
Ma douleur de l'aimer!
Que jamais ne se taise
Ma voix pour la nommer.
O charmante inconnue,
Vision d'un seul jour,
Que n'es-tu revenue
Vers ce temple d'amour,
Où craintive, apeurée,
Dans le recueillement,
Tu gravais, éplorée,
Le nom de ton amant.
Mais hélas! l'espérance
De te revoir jamais,
Fait place à la souffrance
En mon cœur désormais!