Pégase

G. Malipiero

Cabré devant la noire escalade du mur,

Les naseaux frémissants et les ailes tendues,

Debout, tu fouettes l'air de tes jambes tordues.

En vain! l'immense nuit dresse son mur obscur.

Pégase, dans les champs étoilés de l'azur,

Naguère tu lançais tes courses éperdues,

Tu franchissais d'un bond les claires étendues,

Et ta crinière d'or flottait dans le ciel pur.

Allons! cogne aux parois de l'ombre universelle!

Tes suprêmes élans se briseront contre elle,

Et demain va finir l'assaut désespéré.

Mais comme nous t'aimons, nous dont l'âme recèle

Un aussi vierge ciel que ton azur pleuré,

Nous qui tentons la même escalade éternelle!