Le petit rentier
G. Pierné
Il s'en est allé par la route le pauvre homme
il s'en est allé sans un doute, bravement,
à petits pas comptés par son bâton tremblant,
il s'en est allé sans se retourner.
C'est qu'il ne va pas fort loin, le cher homme.
Ah, il n'en a pas pour dix-huit-cents ans.
Il n'a jamais fait de mal à personne, lui.
Il a toujours été si prudent.
Deux doigts de route, et puis c'est un sentier,
un tout petit sentier qui reconduira l'homme,
le tout petit cher homme au point qu'il a quitté!
Et pourquoi le malheur viendrait-il arrêter
ce bon petit rentier dans son petit sentier?
Il y trotte, y toussote, y crachote, y grignote,
y jabote à lui-même et clignote content,
y mijote au soleil son vieux cœur radiotant,
y vivote et s'y trouve heureux en vivotant.
Oui, qu'est-ce que la malheur pourrait vouloir à c't homme,
quand son plus gros ennui serait de trop trotter?
Certainement … la mort, ça peut arriver.
Ah, la mort, la grande route, on y marche longtemps.
Mais bah, n'y a-t-il pas ce bon monsieur l'abbé
pour vous greffer dessus un bon petit sentier, --
ce bon monsieur l'abbé qui vient au bon moment?