Les dernières pensées
G. Pierné
À travers ce printemps que frôle un air si doux,
les songes des mourants, comme ils viennent vers nous!
Entends, fenêtre ouverte, un frisson dans le lierre
où d'un soldat mourant va la pensée dernière.
Cet angélus qui meurt, un soldat en mourant se le rappelle,
et son dernier coup pénétrant.
Un autre se souvient de la troupe enfantine
qui foulait ce gazon au pied de la colline …
L'heure est plaintive et douce et toute en souvenirs.
Ah! Pouvons-nous empêcher nos enfants de mourir?
Mon enfant qui te meurs, seras-tu le dernier
à revoir deux agneaux bêlant sous un pommier?
Âme de mon petit, seras-tu la dernière
à venir consoler la maison de ton père?
Le coucou dans la chambre, un tic-tac monotone …
rêve de mon enfant qui trépasse en Argonne …
À travers l'air de France où meurt un si doux soir,
les rêves des mourants, comme ils viennent nous voir!
Hirondelles perdues, oh! que de vies achèvent de rêver!
Comme au ciel montent les derniers rêves!
Mais non, le ciel se ferme au songe des oiseaux.
Les rêves des mourants passent sur les hameaux.
Ils choisissent leurs toits comme les hirondelles …
Ô dernières pensées que vous êtes fidèles!