Le Sylvain

Rossini, Gioacchino

Belles Nymphes blondes

des forêts profondes,

des moissons fêcondes,

et des vertes ondes,

vous fuyez le Sylvain

qui vous appelle en vain.

L'heure est solitaire,

tout semble se taire;

l'ombre et le mystère

règnent sur la terre.

Sois moins cruel, moins cruel,

Dieu de Cythère,

c'est pour mon coeur,

pour mon coeur trop de rigueur!

Rêves d'esperance,

cette indifférence

qui fait ma souffrance,

vous bannit désormais.

Ô peine extrême,

celle que j'aime

n'entend pas même

mon voeu suprême.

Grands Dieux, non, non, jamais!

Ô peine extrême, non, jamais!

La laideur sauvage

de mon noir visage

semble faire outrage

à l'Amour volage...

Adonis! Ta beauté

pour ma divinité!

Que la pâle Aurore

dise aux fleurs d'éclore,

que Phoebe colore

le vallon sonore.

Seul, le Sylvain, le Sylvain supplie,

implore et nuit et jour,

nuit et jour languit d'amour.

Nymphes immortelles,

à Vénus rebelles,

pourquoi donc, cruelles,

me percer de vos traits?

Ô peine extrême,

celle que j'aime

n'entend pas même

mon voeu suprême.

Grands Dieux, non, non, jamais!

Ô peine extrême,

non, non, jamais!