L’absence
Spontini, Gaspare
Quelle main a de ce bocage
Décoloré toutes les fleurs?
Des oiseaux pourquoi le ramage
Semble-t-il m'inviter aux pleurs?
Quel souffle a fané la verdure
Et flétri tout ce que je vois?
Rien n'est changé dans la nature
Mais ce que j'aime est loin de moi.
Las! En perdant le bien suprême
De voir ma Zulmé chaque jour,
J'ai perdu jusqu'aux plaisirs même
Qui n'étaient pas dus à l'amour.
Aux lieux que charmait sa présence
Promène en vain regards distraits,
Y cherche douce souvenance,
N'y trouve que tristes regrets.
Qui me dira si sa constance
Du temps peut braver la rigueur?
Qui lui dira si son absence
N'a pas déjà changé mon cœur?
Crainte affreuse dont nous délivre
L'oubli seul. Ah! Vaut mieux souffrir.
Craindre toujours, ce n'est plus vivre,
Mais l'oublier serait mourir