Fantasio

H. Dutilleux

La mort t'ayant surpris en travesti de bal,

Pauvre Fantasio, de folles jeunes filles

Te firent un linceul de leurs blanches mantilles,

Et tu fus enterré le soir du carnaval.

Sous un léger brouillard du ciel occidental

Le mardi gras folâtre éparpillait ses trilles,

Et ton glas, voltigeant sur de lointains quadrilles,

Détachait dans la nuit ses notes de cristal.

Des coins du corbillard le feu des girandoles

Éclairait tout un chœur d'étranges farandoles.

Nul n'avait pris le temps de revêtir le deuil,

Ta rieuse maîtresse avait gardé son masque,

Et tous faisaient jouer derrière ton cercueil

Une marche funèbre à leurs tambours de basque.