Féerie au claire de lune
H. Dutilleux
Un grillon fait un signal
Sur un timbre de cristal,
Et dans la pénombre chaude
Où les parfums sont grisants
La rampe des vers luisants
S'allume, vert émeraude.
Un ballet de moucherons
Tourne, glisse, fait des ronds,
Dans la lumière changeante.
Un grand papillon de nuit
Passe en agitant sans bruit
Son éventail qui s'argente.
Les parfums des grands lys blancs
Montent plus forts, plus troublants,
Dans cette ombre où l'on conspire.
Mais dans cette ombre il y a
Obéron, Titania,
Il y a du Shakespeare.
Les moustiques éveillés
Bruissent autour des oeillets
Tout baignés de crépuscule;
Acteurs liliputiens,
Chorégraphes aériens,
Mille insectes verts et bleus,
Mille insectes merveilleux
Tournent autour des oeillets
Et font une ronde effrenée
Puis, ayant tourné longtemps
Sous les roseaux des étangs,
Sous le hêtre et sous l'yeuse,
Les petits danseurs ailés
Soudain se sont en allés
Dans l'ombre mystérieuse.
Tout se tait, seul, par moment,
Le léger sautillement
D'une oiselle à longue queue.
Puis plus rien, plus aucun bruit...
Il n'y a plus que la nuit
Magnifique, immense, bleue.