Prière de l'aurore (S'Bah)

J. Boutnikoff

Réveille-toi!

L'Aurore a incendié la Nuit,

dont il ne reste qu'un peu de cendre bleue.

Le sable est frais comme un tapis de jasmins,

et l'air est plus limpide qu'une goutte d'eau de neige.

Là-bas, est-ce une gazelle qui bondit

ou une grande fleur qui cherche à se rapprocher du soleil?

Il va transpercer de ses flèches le calice de la source

et le cœur de l'amant infortuné...

Je suis debout dans la lumière!

Je défie le soleil de m'éblouir,

puisque je ne baisse pas les yeux quand tu me regardes.

Réveille-toi!

Ce parfum, que le vent balance,

n'est pas celui des orangers,

mais l'haleine de l'adolescent radieux

qui brandit son bouclier dans le ciel.

Viens!

Les aurores que nous avons à voir sont comptées,

et la nuit du tombeau est éternelle.

Je veux te contempler, frissonnante et nue,

dans cette lumière où ton corps,

strié de veinules azurées,

étincellera comme un sabre damasquiné.

Je respirerai, sur ta gorge, l'odeur de la rosée

qui l'humectait durant nos luttes amoureuses,

et cet arôme embaumera tellement la brise,

que les pasteurs se demanderont

si elle n'a pas traversé les Jardins du Paradis.