Adieu

J. Brown

Je pars. Le vaisseau superbe

Qui m'emportera demain

Comme un sanglier dans l'herbe

Dort, puissant, calme et hautain.

Trouverai-je la tempête?

Le cyclone, cet enfer?

Qu'importe! c'est une fête

De s'évader sur la mer.

Je vais dans une île verte

Que couronnent les volcans;

Cette île n'est pas déserte:

On y vit plus de cent ans.

Là sont des plantes énormes,

Des feuillages d'ornement.

Vous m'attendrez sous les ormes

En disant: quel garnement!

Les succès et les déboires

Des artistes du moment,

Les batailles oratoires

Des membres du Parlement,

L'Opéra, temple des gloires

Et des ennuis mêmement,

Je vous laisse ces histoires:

Jouissez-en largement!

Moi, j'aurai pour nourriture

De mon âme et de mon cœur

Le calme de la Nature,

L'oubli, père du bonheur!

Ce sont voluptés réelles;

Et je m'embarquerai sur

Les triomphantes nacelles,

Bercé par la mer d'azur

Où les poissons ont des ailes!