Le Chêne

J. Brown

Le chêne a-t-il grandi? tient-il bien sa promesse,

 Ami des anciens jours?

Et ce que tu disais de lui dans sa jeunesse,

 Le penses-tu toujours?

Oui, c'était bien un chêne, et d'une fleur de serre

 Il n'a pas l'agrément;

Son écorce est rugueuse et sombre: en pleine terre

 Il a crû lentement.

Sa racine a senti bien souvent de la roche

Le contact détesté;

Mais elle la contourne et sur elle s'accroche

Avec ténacité.

Sa tête sans orgueil dépasse à peine l'herbe.

Qui durera verra!

L'herbe sera fauchée, et la cime superbe

Longtemps s'élèvera.

L'arbuste pousse vite et son riche feuillage

A bientôt recouvert

Le jeune arbre sans grâce et sans fleurs, qu'un même âge

Fait moins fort et moins vert.

Sois patient! le Temps qui sans pitié ravage

Et la tige et la fleur

De l'arbuste, saura du vieux chêne sauvage

Consacrer la valeur;

Ses branches se tordant ainsi que des reptiles

Croîtront dans l'avenir,

Quand on aura perdu des plantes inutiles

Même le souvenir.

À toi merci, prophète aux strophes téméraires,

Pour avoir deviné

Que le frêle arbrisseau, battu des vents contraires,

Était prédestiné!