Nocturne
J. Cras
L'heure était alanguie, un vent léger posait
Des lèvres de fraîcheur sur les plantes lassées;
Les âmes et les fleurs se sentaient caressées
Par des douceurs d'avril, en ce soir de juillet...
L'heure était alanguie; un vent léger posait
Des baisers fugitifs aux corolles lassées.
La pluie avait lavé les rameaux reverdis,
Et le soleil, brillant de sa clarté dernière,
Y faisait miroiter des gouttes de lumière:
L'averse enrichissait de perles les taillis.
Le pluie avait lavé les rameaux reverdis,
Et le ciel s'empourprait d'une clarté dernière.
Le jour tombait sans bruit, ainsi qu'un fruit bien mûr
Qui tombe mollement dans l'herbe et dans la mousse,
Détaché par le doigt d'une brise très douce.
Et le soir aux yeux d'or descendait de l'azur.
Le jour tombait sans bruit, ainsi qu'un fruit bien mûr;
Une source chantait dans son lit plein de mousse.
La mer qui déroulait ses vagues d'argent clair,
Sous son archet puissant faisait vibrer la côte;
Et ses arpèges lents, sur la terrasse haute,
Emportaient ma pensée au delà de l'éther.
La mer qui déroulait ses vagues d'argent clair
Faisait changer son âme aux rochers de la côte.
Les hommes s'étant tus, l'espace s'emplissait
De la grande rumeur des choses éternelles.
L'infini regardait par ses mille prunelles.
Au rythme universel mon cœur s'harmonisait.
Les hommes s'étant tus, l'espace s'emplissait
Des bruits d'orgues que font les choses éternelles.