L'aveu

J. Cras

Ma belle, veux-tu partager mon sort?

Je veux t'adorer jusqu'à ma mort.

Jusqu'à ta mort? C'est beaucoup mon pauvre ami;

un seul jour te suffirait-i'?

Ma belle, veux-tu des sabots menus,

je crains les cailloux pour tes pieds nus?

Si mes pieds nus te font mal à regarder,

tourne-toi de l'autre côté.

Ma belle, veux-tu un souper choisi

avec du bon vin et du rôti?

De ton rôti je n'ai pas besoin ce soir,

j'ai du beurre avec du pain noir.

Ma belle, veux-tu quitter ce pays?

je t'amènerai jusqu'à Paris.

Paris, dis-moi, n'est pas au bord de la mer

que j'veux voir été comme hiver

Ma belle, veux-tu un collier d'or roux?

j'en entourerai ton joli cou.

Mon joli cou n'a pas besoin de collier,

il est blanc, j'aime le montrer.

Ma belle, veux-tu que j't'apporte en plus

un grand sac pesant rempli d'écus?

Un sac d'écus!... et pourquoi faire? mon Dieu,

garde-le pour quand tu s'ras vieux.

Ma belle, veux-tu cette pauvre fleur

posée à tes pieds avec mon cœur?

Mon cœur, prends-le... Je ne peux plus le céler,

moi aussi veux tojours t'aimer!