La mort

J. Cras

Un an nous nous sommes aimés

depuis l'hiver jusqu'à l'été.

Nos deux cœurs étaient tout entiers

unis l'un et l'autre à jamais.

Un an, nous nous sommes aimés

et puis la mort l'a emportée.

Je reste seul et désolé.

Que suis-je sans elle?

Mon Dieu, qui aurait jamais dit

un tel bonheur si tôt fini?

Je la vois, pâle sur son lit

comme un oiseau blessé au nid.

Mon Dieu, qui aurait jamais dit

que mon trésor me serait pris?

Accueillez-la en paradis.

Ayez pitié d'elle.

Plus rien ne m'attache ici-bas,

Puis qu'elle n'est plus en mes bras.

Nuit et jour je cherche ses pas

le long des grèv'et dans les bois.

Plus rien ne m'attache ici-bas,

Je ne veux rien que le trépas.

Dieu, ne me le refusez pas.

Menez-moi vers elle.

Lorsque le soleil disparut,

le pauvre amant soudain mourut.

La même tombe l'a reçu.

Il dort tout près d'elle.