Belaud, mon petit chat gris
J. Françaix
La tête à la taille pareille,
Une barbelette argentée,
Son musequin damoiselet.
Mon Dieu, quel passetemps, c'était
Quand ce Belaud vire-voltait
Folâtre autour d'une pelote!
Quel plaisir, quand sa tête sotte
Suivant sa queue en mille tours,
D'un rouet imitait le cours!
Ô quel malheur! ô quelle perte,
Qui ne peut être recouverte!
Oui, j'ai perdu depuis trois jours
Mon plaisir, mon bien, mes amours!
Vraiment la mort fut inhumaine,
Si de voir elle eût pris la peine
Un tel chat, son coeur endurci
En eût eu (ce crois-je) merci.
Que plût à Dieu, petit Belaud,
Que j'eusse l'esprit assez bon,
De pouvoir en quelque beau style
Blasonner ta race gentille,
Belaud, dont la beauté fut telle,
Qu'elle est digne d'être immortelle!
Belaud, mon petit chat!
Belaud, mon petit chat gris!