À la Fontaine Bellerie

J. Leguerney

Écoute un peu, Fontaine vive,

En qui j'ai rebu si souvent,

Couché tout plat dessus ta rive,

Oisif à la fraîcheur du vent,

Quand l'été ménager moissonne

Le sein de Cérès dévêtu,

Et l'aire par compas résonne

Gémissant sous le blé battu.

Ainsi toujours puisses-tu être.

[En dévote religion

Au boeuf et au bouvier champêtre

De ta voisine région!]

Ainsi toujours la lune claire

Voie à minuit au fond d'un val

Les Nymphes près de ton repaire

A mille bonds mener le bal!

[Comme je désire, Fontaine,

De plus ne songer boire en toi,

L'été, lorsque la fièvre amène

La mort dépite contre moi.]