Compliments à une duègne

J. Leguerney

Cache ton corps sous un habit funeste;

Ton lit, Margot, a perdu ses chalands

Et tu n'es plus qu'un misérable reste

Du premier siècle et des premiers Galants.

Il est certain que tu vins sur la terre

Avant que Rome eut détrôné ses Rois

Et que tes yeux virent naître la guerre

Qui mit les Grecs dans un cheval de bois.

La Mort hardie et sous qui tout succombe

N'ose envoyer ta carcasse à la tombe

Et n'est pour toi qu'un impuissant Démon.

Veux-tu savoir quel siècle t'a portée?

Je te l'apprends. Ton corps est du limon

Qui fut pétri des mains de Prométhée.