La belle meunière

J. Weckerlin

L'amour joyeux m'appelle

D'un ton si câlin,

Que je cours vers ma belle,

Dans son beau moulin!

Déjà sans doute

Son œil noir

Suit la grand' route

Pour me voir,

Elle est toute

A l'espoir.

Je vois déjà ses beaux yeux,

Eclairant son front joyeux

Quand je prends un baiser sur sa bouche si pure,

Et j'entends les doux mots que sa lèvre murmure,

Et je sens, ivre de bonheur,

Son cœur battre sur mon cœur!

Les jours de la semaine

Je suis en prison!

Pour oublier ma chaîne

Je pense à Suzon!

Riante et sage,

Je la voi!

Sa douce image

Verse en moi

Le courage

Et la foi.

Ah! quand j'y rêve à loisir,

Mon travail devient plaisir;

Le tic tac du moulin, dont làbas tourne l'aile,

Bat moins fort que mon cœur quand je songe à ma belle,

Les chants d'oiseau sont moins joyeux,

Moins limpides sont les cieux!

Et quand vient le Dimanche,

Je cours au moulin,

Où dans sa robe blanche

Faite avec du lin,

Sous sa cornette

Des grands jours

Ma belle guette

Si j'accours

Vers Suzette,

Mes amours!

Je me jette à ses genoux!

Son regard devient plus doux;

Sa parole est un chant qui me trouble et m'en flamme,

Et j'entends des aveux dont s'enivre mon âme!

A dieu donc la peine et l'ennui,

Car c'est dimanche aujourd'hui.