La Mère Bontemps

J. Weckerlin

La Mère Bontemps

S'en allait disant aux fillettes:

Dansez mes enfants,

Tandis que vous êtes jeunettes;

La fleur de gaité

Ne croit point l'été;

Néc au printemps, comme la rose,

Cueillez-la dès qu'elle est éclose.

Dansez à quinze ans,

Plus tard il n'est plus temps.

A vingt ans mon cœur

Crut l'amour un dieu plei de charmes;

Ce petit trompeur

M'a fait répandre bien des larmes,

Il est exigeant.

Boudeur et changeant.

Fille qu'il tient sous empire,

Fuit le monde, rêve et soupire;

Dansez à quinze ans,

Plus tard is n'est plus temps.

Les jeux et les ris

Dansèrent à mon mariage.

Mais bientôt j'appris

Qu'il est d'autres soins en ménage,

Mon mari grondait.

Mont enfant criait;

Moi, ne sachant auquel entendre,

Sous l'ormeau pouvais-je me rendre?

Dansez à quinze ans,

Plus tard is n'est plus temps.

Le temps arriva

Où ma fille me fit grand-mère;

Quand on en est là.

Danser n'intéresse plus guère;

On tousse en parlant.

On marche en tremblant;

Au lieu de danser la gavotte,

Dans en grand fauteuil on radote.

Dansez à quinze ans,

Plus tard is n'est plus temps.