Du Plaisir de boire

J. Zoubaloff

Quand je boy de ce bon vin,

Soudain je sens ma poitrine

Qui veut commencer un hymne

Aux Muses, troupeau divin:

Tous mes ennuis et mes maux,

Et mes plaintes langoureuses,

Par les rides poissonneuses

S'escoulent au fond des eaux.

Tout aussi tost ce bon Dieu.

Par les haleines souflantes

Des doux Zéphyrs, odorantes,

Me ravist quand j'ay bien beu:

J'ourdis un chapeau de fleurs.

Et sur mon chef je le plante,

Puis sur ma lyre je chante

De la vie les douceurs.

De parfums et d'odeurs plein,

Je chante ma Cytheree,

Tenant mon cœur, ma sucree,

Estroitement dans mon sein.

J'aime les filles alors,

Et sous la largeur d'un verre

Tous mes ennuis je déserre,

Et loing je les pousse hors.

Quand je boy, c'est le seul gain

Que je prétends de la vie,

Puis qu'à tous elle est ravie

Par la Parque si soudain.