Bayser

L. Beydts

Sus, ma petite Columbelle,

Ma petite belle rebelle,

Qu'on me paye ce qu'on me doit:

Qu'autant de baysers on me donne,

Que le poëte de Veronne

A sa Lesbie en demandoit.

Mais pourquoy te say-ie demande

De si peu de baysers, friande,

Si Catulle en demande peu?

Peu vrayment Catulle en desire,

Et peu se peuuent-ilz bien dire,

Puis que compter il les a peu.

De mille fleurs la belle Flore

Les verdes riues ne colore,

Cerés de mille espicz nouueaux

Ne rend la campagne fertile,

Et de mille raisins, & mille

Bacchus n'emplist pas ses tonneaux.

Autant donc que de fleurs fleurissent,

D'espicz & de raysins meurissent,

Autant de baysers donne moy:

Autant ie t'en rendray sur l'heure,

A fin qu'ingrat ie ne demeure

De tant de baysers enuers toy.

Mais sçais-tu quelz baysers, mignonne?

Ie ne veulx pas qu'on les me donne

A la Françoise & ne les veulx

Telz que la Vierge chasseresse

Venant de la chasse les laisse

Prendre à son frere aux blonds cheueux:

Je les veulx à l'Italienne,

Et telz que l'Acidalienne

Les donne à Mars son amoureux:

Lors sera contente ma vie,

Et n'auray sur les Dieux enuie

Ny sur leur nectar fauoureux.