Sur un chapelet de roses

L. Beydts

Tu m'as faict un chappeau de roses,

Qui semblent tes deux levres closes,

Et de lis freschement cueillis,

Qui semblent tes beaux doigts polis,

Les liant d'un fil d'or ensemble,

Qui à tes blonds cheveux ressemble.

Mais si jeune tu entendois

L'ouvrage, qu'ont tyssu tes doigts,

Tu serois, peult estre, plus sage

A prevoir ton futur dommage.

Ces roses plus ne rougiront,

Et ces lis plus ne blanchiront:

La fleur des ans, qui peu sejourne,

S'en fuit, et jamais ne retourne:

Etle fil te monstre combien

La vie est un fragile bien.

Pourquoy donc m'es-tu si rebelle?

Mais pourquoy t'es-tu si cruelle?

Si tu n'as point pitié de moy,

Ayes au moins pitié de toy.