La colombe apprivoisée

L. Hillemacher

Pour que je t'aime, ô mon poëte,

Ne fais pas fuir par trop d'ardeur

Mon amour, colombe inquiète,

Au ciel rose de la pudeur.

L'oiseau qui marche dans l'allée

S'effraye et part au moindre bruit ;

Ma passion est chose ailée

Et s'envole quand on la suit.

Muet comme l'Hermès de marbre,

Sous la charmille pose-toi ;

Tu verras bientôt de son arbre

L'oiseau descendre sans effroi.

Tes tempes sentiront près d'elles,

Avec des souffles de fraîcheur,

Une palpitation d'ailes

Dans un tourbillon de blancheur ;

Et la colombe apprivoisée

Sur ton épaule s'abattra,

Et son bec à pointe rosée

De ton baiser s'enivrera.