Offrande à Kypris

L. Vierne

Clarté du temps! Kypris au sourire innombrable,

Je t'offre, afin qu'au bras du berger aujourd'hui

Je demeure joyeuse, ardente et désirable,

Ma lampe, confidente aimable de la nuit.

Vois, je t'apporte aussi ces herbes odorantes.

La sauge humide où boit l'abeille dans l'été,

Et le cerfeuil, plus frais aux mains que l'eau courante,

Mêleront leurs parfums d'onde et de crudité.

Mon sein est puéril mais mon coeur est farouche;

Damétas le sait bien à l'heure de l'accord,

Car la flûte est moins vive et chaude sur sa bouche

Que ne l'est mon baiser qui s'appuie et qui mord.

Le soleil de midi couché dans la luzerne

S'abat moins lourdement sur la plaine et les champs,

Que ne pèse l'amour sur les corps qu'il gouverne

De son désir jaloux et de ses jeux méchants.

La paix des jours légers et doux s'en est allée.

Ô Vénus Cypria, qui naquis de la mer,

Je t'offre, à toi qui prends plaisir aux eaux salées,

Les larmes de ma joue et de mon coeur amer.