La Pervenche

M. Jacob

Pâle fleur, timide pervenche,

Je sais la place où tu fleuris,

Le gazon où ton front se penche

Pour humecter tes yeux flétris!

C'est dans un sentier qui se cache

Sous ses deux bords de noisetiers,

Où pleut sur l'ombre qu'elle tache

La neige des fleurs d'églantiers.

L'ombre t'y voile, l'herbe égoutte

Les perles de nos nuits d'été,

Le rayon les boit goutte à goutte

Sur ton calice velouté.

Une source tout près palpite,

Où s'abreuve le merle noir;

Il y chante, et moi j'y médite

Souvent de l'aube jusqu'au soir.

O fleur, que tu dirais de choses

A mon amour, si tu retiens

Ce que je dis à lèvres closes

Quand tes yeux me peignent les siens!