Prière de l'indigent

M. Jacob

Ô toi dont l'oreille s'incline

Au nid du pauvre passereau,

Au brin d'herbe de la colline

Qui soupire après un peu d'eau;

Providence qui les console,

Toi qui sais de quelle humble main

S'échappe la secrète obole

Dont le pauvre achète son pain;

Toi qui tiens dans ta main diverse

L'abondance et la nudité,

Afin que de leur doux commerce

Naissent justice et charité;

Charge-toi seule, ô Providence,

De connaître nos bienfaiteurs,

Et de puiser leur récompense

Dans les trésors de tes faveurs!

Notre cœur, qui pour eux t'implore,

À l'ignorance est condamné;

Car toujours leur main gauche ignore

Ce que leur main droite a donné.

Mais que le bienfait qui se cache

Sous l'humble manteau de la foi

À leurs mains pieuses s'attache,

Et les trahisse devant toi!

Qu'un vœu qui dans leur cœur commence,

Que leurs soupirs les plus voilés,

Soient exaucés dans ta clémence

Avant de t'être révélés!

Que leurs mères, dans leur vieillesse,

Ne meurent qu'après des jours pleins!

Et que les fils de leur jeunesse

Ne restent jamais orphelins!

Mais que leur race se succède

Comme les chênes de Membré,

Dont le vieux tronc aux ans ne cède

Que quand le jeune a prospéré!

Ou comme ces eaux toujours pleines,

Dans les sources de Siloé,

Où nul flot ne sort des fontaines

Qu'après que d'autres ont coulé!