Désirs ardents
M. Jaëll
La femme aux regards languissants
En ses désirs ardents l'appelle.
Il s'est enfui, l'ourson rebelle,
Et nul n'entend ses doux accents.
« Soupirant nuit et jour je sonde
Les sombres profondeurs des ondes,
Et plein d'espoir mon regard pur
S'envole joyeux vers l'azur.
Je vogue entre l'azur sublime
Et l'ombre affreuse de l'abîme.
De rive en rive, errant toujours,
Je vais cherchant mes chers amours.
S'il ne revient pas je succombe,
Le gouffre noir sera ma tombe.
Mais s'il revenait vers le ciel,
J'emmènerais mon ours cruel
En caressant sa tête noire.
J'irais fière de ma victoire.
À mes pieds, de fleurs couronné,
Toujours il irait enchaîné. »
La barque glisse sur les ondes,
Et tout bas dans les nuits profondes
Passe l'écho de la chanson
Que la belle chante à l'ourson.