Dormir, dormir
M. Jaëll
Courbez-vous, penchez-vous tout autour de ma tête,
Étendez vos rameaux lentement balancés
Par une haleine, ô très discrète,
Sous le mystère obscur des feuillages, lancez
Les caresses de vos ombrages.
Je souffre, j'ai sommeil; bruissement doux des eaux,
Des eaux qui coulent, chantez bas, chantez sans suite
Les murmures de vos ruisseaux.
Mon âme écoute, oublieuse des temps, la fuite,
La fuite des heures, longtemps.
Je voudrais m'endormir, chère, sous ta caresse:
Passe très lentement tes doigts dans mes cheveux;
Surtout ne parle pas… puis laisse
Ta main, ta fraîche main dans la mienne; je veux
En songe que ton ombre vienne.