L'orage
M. Jaëll
Lise, entends-tu l'orage?
Il gronde, l'air gémit:
Sauvons-nous au bocage....
Lise doute et frémit.
Qu'un cœur faible est à plaindre
Dans ce double danger!
C'est trop d'avoir à craindre
L'orage et son berger.
Mais cependant la foudre
Redouble ses éclats;
Que faire et que résoudre?
Faut-il donc suivre Hilas?
De frayeur Lise atteinte
Va, vient, fuit tour à tour:
On fait un pas par crainte,
Un autre par amour.
Lise au bosquet s'arrête
Et n'ose y pénétrer:
Un coup de la tempête,
Enfin l'y fait entrer.
La foudre au loin s'égare,
On échappe à ses traits;
Mais ceux qu'amour prépare
Ne nous manquent jamais.
Ce dieu, pendant l'orage,
Profite des momens:
Caché dans le nuage,
Son œil suit les amans.
Lise, de son asile,
Sortit d'un air confus....
Le Ciel devint tranquille,
Son cœur ne l'était plus.