Amours d'antan
M. Legay
Je pense encore à cet été,
A vous, madame et chère blonde;
Vous aviez une rose-thé
Sur un chapeau garni de blonde.
Un signe de vos yeux aimants,
Et voilà ma main dans la tienne,
Moi, le rôdeur des prés normands,
Vous, l'élégante Parisienne!
A vos pieds comme ils étaient doux
Les tapis frais dans les bois sombres;
Nous marchions bras dessus, dessous,
Devant nous s'embrassaient deux ombres!
Quand on laisse faire l'amour,
N'est-ce pas votre avis, madame,
Qu'il ne lui faut pas plus d'un jour
Pour égrener toute sa gamme?
Tout fut adorable, vraiment:
Sous les rameaux quel babillage!
Et comme l'eau tomba gaîment
Sur le plafond vert du feuillage!
Ta robe s'arrondit soudain
Sur ta tête à la mienne unie,
Et sans songer à Bernardin
Nous faisions Paul et Virginie.
Que pouvions-nous bien faire encor?
Te souviens-tu, près de la berge,
Et des glaïeuls aux casques d'or,
Et des joubarbes sur l'auberge?
O nuit d'été passée à deux!
La forêt parfumait la chambre;
Sur ton épaule tes cheveux
Coulaient à flots de miel et d'ambre,
Et sous ton collier d'or bruni
J'écoutais les charmantes choses
Que soupiraient dans leur doux nid
Tes deux colombes aux becs roses!
— Mais colombes et nuits d'été
Hélas! passent vite, ma blonde,
Vite comme les roses-thé
Et les chapeaux garnis de blonde!