Echos du Bord
M. Legay
Puisque le fifre est malade,
Allons, virez, matelots,
Au récit d'une ballade
Aussi vieille que les flots;
Garnissez la tournevire
Pour lever l'ancre du
Tristan;
— Ah!
— Allons, marins, vire, vire,
Marins, vire au cabestan!
Des noirs écueils de la côte,
Souvent on voyait, la nuit,
Saillir la mâture haute
D'un vaisseau cinglant sans bruit;
Il naviguait bravant l'ire
Du plus impitoyable autan...
— Ah!
— Allons, marins, vire, vire,
Marins, vire au cabestan!
Drapé comme un blanc fantôme,
Un fantastique marin,
Debout au vent de la bôme
Tenait la barre à la main;
On voyait ses grands yeux luire
Comme ceux du Léviathan...
— Ah!
— Allons, marins, vire, vire,
Marins, vire au cabestan!
Cet étrange Palinure,
Quand le ciel était en feu,
Faisait doubler la voilure
Et semblait défier Dieu;
Son strident éclat de rire
Couvrait la voix de l'ouragan...
— Ah!
— Allons, marins, vire, vire,
Marins, vire au cabestan!
Ayant lu son nom en poupe,
On assure qu'autrefois
Un vieux patron de chaloupe
Perdit les yeux et la voix;
Que jamais il n'a pu dire
Le nom du nocturne forban...
— Ah!
— Allons, marins, vire, vire,
Marins, vire au cabestan!
Ce vaisseau lançait des flammes
Par ses larges écubiers;
Dans ses mâts couraient des âmes
Qui lui servaient de gabiers;
On le vit parfois décrire
Un cercle en feu sur l'Océan...
— Ah!
— Allons, marins, vire, vire,
Marins, vire au cabestan!
Ce pirate existe encore;
Mais sachez bien toutefois,
Qu'il s'engouffre ou s'évapore
Au moindre signe de croix.
Ce mystérieux navire
A pour capitaine, Satan!
— Ah!
— Allons, marins, vire, vire,
Marins, vire au cabestan!