La Chanson du masque
M. Reverdy
Ce n'est point avec le froc et le chapelet,
c'est avec le tambour de basque et l'habit
de fou que j'entreprends, moi, ce pèlerinage
à la mort!
Notre troupe bruyante est accourue
sur la place Saint-Marc, de l'hôtellerie
du signor Arlecchino, qui nous avait tous
conviés à un régal de macarons à l'huile
et de polenta à l'ail.
Marions nos mains, toi qui, monarque éphémère,
ceins la couronne de papier doré, et vous,
ses grotesques sujets, qui lui formez un cortège
de vos manteaux de mille pièces, de vos barbes
de filasse et de vos épées de bois.
Marions nos mains pour chanter et danser une ronde,
oubliés de l'Inquisiteur, à la splendeur magique
de girandoles de cette nuit rieuse comme le jour.
Chantons et dansons, nous qui sommes joyeux,
tandis que ces mélancoliques descendent le canal
sur le banc des gondoliers, et pleurent en voyant
pleurer les étoiles.
Dansons et chantons, nous qui n'avons rien à perdre,
et tandis que, derrière le rideau où se dessine
l'ennui de leurs fronts penchés, nos patriciens
jouent d'un coup de cartes palais et maîtresses!