Le Lierre

M. Rollinat

Non! jamais je ne vis de rocher plus affreux

Ceinturé large et dru d'un plus superbe lierre

Ayant l'énormité verte aussi singulière

Epanoui si frais sur un gris si cendreux.

Et pourtant, tout en haut, le fantastique bloc

Trônait sur une côte absolument chenue.

Qu'importe! l'arbrisseau né de la pierre nue

Avait fait sa noueuse étreinte autour du roc.

Et comme je quittais le soir ce coin farouche,

Devinant ma pensée — avec leur voix sans bouche

Les choseis tristement me chuchotaient en chœur:

« Ce lierre te suivra longtemps quoi que tu fasses!

Pur symbole qu'il est des souvenirs vivaces

S'obstinant à verdir la pierre de ton cœur! »