Le Cœur mort
M. Rollinat
Je rêvais que mon cœur flottait dans le château
Au-dessus d'une coupe étrange et poussiéreuse:
— Pour y saigner, bien sûr! Car sa plaie est si creuse
Que le temps y retourne encore le couteau!
Eh quoi? La chose alors était par trop affreuse:
Ni la meule du spleen, ni les coups de marteau
Du malheur, ni l'angoisse aux mâchoires d'étau
Ne pouvaient exprimer sa pourpre douloureuse.
Mon cœur vit! m'écriai-je, il palpite; il ressent!
Je perçois son tic-tac, et certes, c'est du sang,
Du sang qui va couler de sa blessure ouverte!
Mais non! Il était mort, archi-mort, et si mûr,
Qu'une larme de pus nauséabonde et verte
En suinta lentement comme l'eau d'un vieux mur.