Mes pipes

M. Rollinat

Le jour comme à minuit

Je fume.

Car le tabac parfume

L'ennui.

Ô mes pipes, sans bruit,

Dans vos nimbes de brume

Je hume

La nuit!

Que deviendrait sans vous

Ma chambre,

Calumets à bout d'ambre

Si doux,

Lorsqu'avec des cris fous

Geint le vent de décembre

Qui cambre

Les houx?

Et quand les nuits sont brèves,

Au mois

Des jeux, des doux émois,

Des sèves,

Vous m'enivrez sans trêves:

Avec vous, dans les bois,

Je bois

Des rêves.

Ô filles, ô cafardes,

Je hais

Vos faces à jamais

Blafardes.

Ève, en vain tu te fardes,

Pour femmes, désormais,

J'ai mes

Bouffardes.

Embaumez donc mes jours,

Charmeuses,

Ô pipes, mes brumeuses

Amours!

Et dans tous mes séjours,

Restez, mes endormeuses,

Fumeuses

Toujours.