Le bon vieux temps
N. Maillard
Au coin du feu, notre bonne grand'mère
Disait un soir avec un gros soupir:
Tout ici-bas décline, dégénère,
Et chaque jour cela me fait gémir.
A tout détruire on s'applique sans cesse;
On ne fait rien comme dans ma jeunesse:
Hélas! hélas! mes chers enfants!
Il est passé le bon vieux temps!
Sous nos chignons nous étions plus fidèles;
Les jeunes gens alors étaient meilleurs;
Et par l'effet des doctrines nouvelles
Ont disparu les chignons et les mœurs.
Dieu! que nos corps nous donnaient de souplesse!
Et nos paniers, de grace, de noblesse!
Hélas! hélas! mes chers enfants!
Il est passé le bon vieux temps!
La danse même, hélas! cède à l'orage;
Du menuet le beau règne est fini;
Au lieu des airs qui charmaient mon bel âge,
On veut surtout, on veut du Rossini.
La Monaco partout est délaissée;
La Catacoua voit sa gloire éclipsée...
Hélas! hélas! mes chers enfants!
Il est passé le bon vieux temps!
Une inutile et funeste science
Corrompt vos cœurs, dès vos plus jeunes ans;
C'est maintenant, qu'en toute confiance,
On peut bien dire: Il n'est donc plus d'enfants?
Pour son savoir chaque jour on admire
L'âge où jadis à peine on savait lire;
Hélas! hélas! mes chers enfants!
Il est passé le bon vieux temps!
Pour vous punir de certaine escapade,
Jeudi dernier un maître officieux
A supprimé pour vous la promenade;
Ah! qu'autrefois on s'y prenait bien mieux!
D'un bras nerveux réclamant l'assistance,
On vous fouettait, vous rossait d'importance...
Hélas! hélas! mes chers enfants!
Il est passé le bon vieux temps!
Oui, tout enfin, tout ici-bas m'irrite...
-- Notre grand'mère, alors, reste en chemin;
Et son menton qui pour parler s'agite,
Tout doucement retombe sur son sein...
Mais dans son cœur regrettant son aurore,
Elle dormait et murmurait encore;
Hélas! hélas! mes chers enfants!
Il est passé le bon vieux temps!