Voilà ce que c'est que la vie

N. Maillard

Un sage l'a dit autrefois:

Tout est vanité sur la terre,

Jeunes et vieux, bergers et rois,

Chacun caresse une chimère.

Craindre, espérer, douter de tout,

Suivre la raison, la folie,

Jouir un peu, souffrir beaucoup:

Voilà ce que c'est que la vie.

L'homme puissant feint d'être heureux,

Le lâche affecte du courage,

Le pervers se dit vertueux,

L'insensé veut paraître sage;

Cet autre embrassant son rival,

Est dévoré de jalousie;

C'est à qui cachera son mal:

Voilà ce que c'est que la vie.

Faire l'éloge de son cœur,

Se plaindre de l'ingratitude,

Être chatouilleux sur l'honneur

Et vicieux par habitude;

Parler toujours de loyauté,

User souvent de perfidie,

Faiblesse, audace, cruauté:

Voilà ce que c'est que la vie.

Du hasard tout subit la loi:

Sans le vouloir on reçoit l'être;

On aime sans savoir pourquoi;

On s'égorge sans se connaître;

Pour un riche, mille indigents;

Pour l'indigent, point de patrie;

Pour tout le monde des tourments:

Voilà ce que c'est que la vie.

Désireux de ce qu'on n'a pas,

Fatigué de ce qu'on possède,

Frémir à l'aspect du trépas,

Appeler la mort à son aide,

Vouloir embrasser la vertu,

Retomber dans son apathie,

Et mourir comme on a vécu:

Voilà ce que c'est que la vie.