L'Île des baisers

P. Delmet

Bien loin des flots de notre mer,

S'étend une mer azurée,

Sans tempêtes et sans marée,

Et dont les flots n'ont rien d'amer:

C'est comme un grand lac d'outre-mer

Où fleurit une île dorée,

Bien loin des flots de notre mer.......

On y voit voler dans l'espace

Des baisers en couleurs de fleurs

Qui frôlent, cajoleurs,

Chaque lèvre qui passe;

Des lys, des roses, des roseaux

Qui dans l'air tiède se balancent,

Les baisers précieux s'élancent

Comme d'autres oiseaux.

Jamais farouches, toujours mièvres,

Ils lutinent, matins et soirs,

Sur les jolis perchoirs

Que leur offrent les lèvres.

Avec des rires plein les dents,

Les filles vont tendre, câlines,

Le réseau de leurs mousselines

Aux baisers imprudents.

Et quand brille un jour d'épousailles,

Tout un bataillon de baisers,

Autour des épousés,

S'élève des broussailles!

Ils sont joyeux et triomphants,

Et, cortège en parfum de rose,

Leur essaim caressant se pose

Sur les doigts des enfants.