Tu m'apparus
P. Delmet
Tu m'apparus, ô ma chère âme,
Dans un nimbe d'or et de flamme,
Un soir que montait vers les cieux
Mon rêve étoilé par tes yeux!
Plus tard, sur mon chemin morose,
Quand je te revis blonde et rose,
Dans la splendeur de tes vingt ans,
Oh! je t'aimais depuis longtemps.
Il s'est passé bien des années,
Les fleurs d'Avril se sont fanées;
Bien des fois, depuis nos aveux,
La neige a blanchi nos cheveux;
Et sur nos pauvres fronts arides,
Se creusent tous les jours des rides;
Nous sommes tous les deux bien vieux,
Et pourtant je t'aime encor mieux.
Vienne la nuit froide et sans astres,
La nuit des suprêmes désastres,
La nuit de l'éternel sommeil,
La nuit du rêve sans réveil;
Vienne la nuit noire où tout sombre
Dans le gouffre effrayant de l'ombre,
La nuit de l'âme et des amours,
Et moi, je t'aimerai toujours!