Ma douce Annette

P. Delmet

Ma douce Annette a dix-sept ans

Depuis les dernières semailles,

C'est par une nuit de printemps

Que nous fimes nos accordailles:

Enlacés au pied de la croix,

Nous écoutions souffler la brise

Qui chantait de sa grande voix

Tout ainsi que l'orgue à l'église!

Le lin fleuri n'est pas si bleu

Que les yeux de ma douce Annette,

En marchant, elle tangue un peu

Comme une fine goélette,

Sa joue est couleur des Blés nas

Et des fleurs d'avril sur les branches;

De plus jolie il n'en est pas

Dans le pays des coiffes blanches!

Le jour du départ du grand brick,

Annette m'a dit sur la grève:

« Mon souvenir, petit Yanik,

Chaque nuit hantera ton rêve... »

Et depuis trois ans, chaque soir,

De garde au bout de la grand'hune,

Je suis bien certain de la voir

Glisser sur un rayon de lune.

Si je ne dois point revenir,

O mon Dieu! de cette campagne,

Vite, effacez mon souvenir

Du cœur qui m'espère en Bretagne,

Qu'il me soit à jamais fermé,

Que sans nul parjure il m'oublie;

J'aime mieux n'être plus aimé

Que de faire pleurer ma mie!